Ca va mieux.
Je suis un nanti. Je ne manque de rien. Tout va bien. Tout va mieux.
Je regarde la télé, le journaliste de France 3 défend le service public en m’expliquant que les impôts baissent pour les classes moyennes, et il ajoute que “c’est une bonne nouvelle”. Faut dire que les classes moyennes souffrent tellement, si tu savais.
Donc oui c’est une bonne nouvelle. A l’hôpital de mon territoire on ne met que 5 heures à attendre aux urgences, demain on attendra 6 ou 7, mais c’est cool, je vais pouvoir changer d’iPhone. Et puis on devrait aussi pouvoir économiser sur les salaires vu le taux de burnout chez les urgentistes, ça aussi c’est une bonne nouvelle !
De toute façon je paye une fortune une mutuelle. Là aussi ça va mieux, grâce à nos petits bijoux du tracking on va pouvoir baisser les cotisations de gens qui le méritent. Les gras du bide qui ne font pas de footing payeront pour les gens bien, et ça c’est cool.
Toutes ces inepties sur la solidarité, la mutualisation du risque dans un monde complexe qui prendrait en compte la difficulté d’encaisser les accidents de la vie, l’indicible dette de chacun au commun, c’est bon pour la vieille gauche archaïque, soyons moderne, soignons les bien portants avec l’argent des paumés. Responsabilisons!
Mes enfants n’ont plus de transports en commun pour leur lycée de secteur, mais c’est normal, on ne va quand même pas continuer à payer des bus pour des gens qui n’habitent pas en ville. Comme me l’a expliqué le responsable du département: « je pensais que vous seriez content qu’on utilise bien vos impôts ! » Bien sûr que je suis content de payer moins d’impôts pour transporter les enfants des autres, les miens sont vraiment trop loin du lycée qu’on leur impose, qu’ils se démerdent. Ca va leur apprendre la responsabilisation!
Je pense à mon cher cousin, mort récemment, à 50 ans. Sa femme sous le choc qui n’avait pas d’emploi était heureuse d’avoir trouvé un job, dans l’enseignement. Et l’élève qui avait besoin d’un assistant pédagogique était content lui aussi. Mais ce sont des égoïstes. Et nos impôts alors? Heureusement les caissiers viennent de décider une coupe budgétaire, poste supprimé, ma cousine est à nouveau dans la mouise, mais qu’importe, qui connaît ma cousine?
De toute façon l’éducation c’est has been, soyons efficaces, soyons modernes, confions cela à l’entreprise, à quoi bon éduquer des citoyens quand il suffit de former des asservis.
C’est beau la vie chez les comptables. C’est si simple, toute vie finit dans une petite case en bas d’un tableur. Le libéralisme c’est le bonheur: on est libre, libre d’être seul, libre de profiter, d’optimiser.
Et j’ai bien compris, il n’y aura plus de terre du milieu, soit je me hisse plus haut, à l’abri, avec ceux qui peuvent tout se payer, soit je décroche et je rejoins les galériens. A chacun de faire sa guerre, et malheur à ceux qui ont une conscience.
Ca va mieux. Je sais pas pour qui, mais ça va mieux.